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Les carnets d'évasion d'un journaliste du terroir

Les voyages et les excursions seul ou en famille de Daniel Foucart : pour donner quelques idées, bons plans et astuces.

Un été (un peu) indien avant les côtes du Maine

Une société matriarcale

Day 14. Conséquence de la climatisation poussée à fond dans les hôtels: je traîne un rhume depuis quelques jours alors que ciel affiche un bleu azur. J'avais peur de le refiler aux indiens dont nous avons visité le site ce matin, à vingt minutes du centre de Québec. Mais ils ont eu le temps de faire leur immunité depuis la colonisation franco-britannique. C'est surtout la variole qui a décimé les Hurons qui peuplaient cette partie de la Belle Province. Il en subsiste très peu. Même notre guide prénommée Rivière n'était pas une amérindienne à 100%. Fruit de mariages mixtes, elle ressemblait même davantage à une Européenne qu'à une indigène.

La visite était surtout consacrée au mode de vie des Hurons. Un point qui ravira les dames: c'était une société matriarcale. On considérait la femme comme le chef du clan parce qu'elle était la mère nourricière. Elle avait le droit de choisir elle-même son compagnon. Le couple avait une période d'essai: si l'union ne fonctionnait pas, l'homme pouvait se retirer, mais il devait laisser à la femme tous les cadeaux de mariage. Les Hurons avaient un sens écologique aigu. Un seul exemple, dont pourrait s'inspirer les agriculteurs du monde entier. La femme Huron cultivait ensemble les trois légumes de base: les haricots s'enroulaient autour des plants de maïs et les courges maintenaient l'humidité au sol. Les derniers Hurons sont hélas victimes de la vie moderne. 90% souffrent du chômage, beaucoup étant aussi touchés par l'alcoolisme ou la drogue. Certes les Amérindiens bénéficient d'exemption d'impôts, mais ils doivent travailler dans un territoire reconnu au profit de leur communauté, ce qu'ils sont peu nombreux à faire. Il y a de la poésie dans la tradition de cette peuplade, comme le capteur de rêve, une cercle recouvert d'une toile de fils et doté de plumes: les mauvais songes, dit la légende, sont captés dans les fils comme le seraient des proies dans une toile d'araignée, puis disparaissent au matin sous les rayons du soleil. Les beaux rêves restent eux au bout des plumes.

La citation d'Elan noir

J'ai noté aussi une citation d'Elan Noir, le chef d'une autre peuplade indienne: "Vous avez probablement remarqué que toute chose faite par un indien se trouve dans un cercle, il en est ainsi parce que le pouvoir de l'univers agit selon des cercles et que toute chose tend à être ronde. Dans l'ancien temps, lorsque nous étions un peuple fort et heureux, tout notre pouvoir venait du cercle sacré de la nation, et tant qu'il ne fût pas brisé, notre peuple a prospéré. Tout ce que fait le pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle. Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la terre était ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Le soleil s'élève et descend dans un cercle. La lune fait de même et les deux sont ronds. Même les saisons forment un grand cercle dans leurs changements et reviennent toujours où elles étaient. La vie de l'homme est dans un cercle de l'enfance jusqu'à la mort et ainsi en est-il pour chaque chose où le pouvoir se meut. Nos teepees étaient ronds comme les nids des oiseaux et toujours disposés en cercle".

La fameuse Poutine du Québec

Nous sommes revenus à des considérations plus terre à terre en faisant le plein à la boutique des souvenirs, mais l'argent de chaque article vendu revient à la communauté des Hurons. C'était notre dernière activité sur le sol canadien. Nous avons repris la route en direction du Maine, où nous allons passer deux jours. 450 km qui ne m'ont jamais paru longs tellement la route fut enchanteresse. Des paysages tels que je les imaginais à l'évocation du Canada: des forêts à perte de vue, seulement entrecoupés par quelques lacs aux reflets argentés. C'est comme si nous avions traversé une fois et demi la Belgique entre deux rangées d'arbres. Un panneau qui invitait à une balade de 51 km en canoë m'a fait prendre la résolution d'y revenir un jour. Un autre panneau autoroutier nous a amusés : il représente un élan qui s'aventure parfois imprudemment sur les routes. Juste avant la frontière américaine, dans une station à essence qui faisait aussi office de restaurant, on a quand même pris le temps de goûter une Poutine, spécialité culinaire québécoise qui consiste en un mélange de frites et de fromage. Je craignais le pire, mais c'est délicieux. Cela cale bien l'estomac en tout cas. Pas très diététique, mais très bon, meilleur en tout cas que le pain. On a même pris au supermarché un pain dit "belge" avec des céréales, mais rien à faire : il est toujours aussi "mastic".

Sur la route du Maine

Retour aux USA, à 18 km de Bar Harbour, au cœur du seul parc naturel officiel du Maine, au bord de la mer. J'ai calé deux fois à la frontière avec la voiture, mais les douaniers, tous bâtis comme des catcheurs, ne m'en ont pas tenu rigueur; ils ont plutôt souri comme nous avons souri lorsqu'ils nous ont demandé si nous transportions des armes. Nous passons la nuit dans un motel typique. Au rez-de-chaussée d'un immeuble qui compte un seul étage parcouru par des petites terrasses, le long d'une route fréquentée. Il ne manque plus que la musique country pour nous endormir...

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